Au centre de l’île de Bohol, aux Philippines, un plateau se couvre de buttes herbeuses si régulières qu’on les croirait posées à la main. Les Chocolate Hills comptent parmi les paysages les plus photographiés de l’archipel. Ce sont aussi l’un des plus mal décrits : leur nombre change d’une page à l’autre, leur statut de site protégé est presque toujours passé sous silence et leur fragilité n’apparaît nulle part. Ce guide part des textes officiels (décret de classement, fiches de l’UNESCO, études scientifiques) pour expliquer ce paysage, ce qui le menace et la façon de le visiter sans l’abîmer.
Où se trouvent les Chocolate Hills et à quoi ressemblent-elles ?
Ce sujet s’inscrit dans notre guide de reference : Taj Mahal : billets, horaires et vue nocturne officiels.
Les Chocolate Hills forment un champ de collines calcaires coniques au centre de l’île de Bohol, dans la région des Visayas centrales, aux Philippines. Le texte qui les protège, la Proclamation présidentielle n° 1037 (DENR, 1997), les répartit sur six communes : Carmen, Batuan, Sagbayan, Bilar, Valencia et Sierra Bullones. La plateforme d’observation la plus connue se trouve à Carmen.
Vues d’en haut, les collines se ressemblent toutes : des dômes arrondis de taille voisine, couverts d’herbe et séparés par des fonds plats. Il ne s’agit pas d’un massif continu mais de reliefs isolés posés côte à côte. C’est pour cela que le paysage se lit si bien depuis un point haut, et qu’il se laisse si mal saisir depuis la route qui le traverse.
Le nom ne doit rien à une roche sombre. D’après l’office du tourisme philippin (Department of Tourism, consulté en 2026), l’herbe qui couvre ces collines calcaires brunit pendant la saison sèche. C’est cette teinte, rapprochée de celle du chocolat, qui a donné son nom au site. Le reste de l’année, les collines sont vertes. Le surnom décrit donc un état saisonnier et non une couleur permanente, un détail qui compte au moment de choisir ses dates.
Pour se repérer, Bohol est une île des Visayas située au sud-est de Cebu. Les collines occupent l’intérieur des terres, loin des plages de la côte. Le géoparc qui englobe l’île les place d’ailleurs au cœur de son territoire (Global Geoparks Network, 2023).
Combien de collines ? Pourquoi les chiffres ne concordent pas
Deux chiffres circulent et ils ne disent pas la même chose. Le décret de classement compte 1 776 collines « plus ou moins » (DENR, 1997), réparties sur 14 145 hectares (DENR, 1997). La page de l’UNESCO consacrée au géoparc de Bohol parle, elle, de 1 268 collines coniques (UNESCO, 2023). Plusieurs centaines de collines séparent les deux décomptes.
Les pages touristiques en français reprennent en général le second chiffre sans en donner la source, et ne mentionnent jamais le premier. Il figure pourtant dans le seul texte juridique qui encadre le site.
| Source | Date | Nombre de collines | Superficie indiquée |
|---|---|---|---|
| Proclamation présidentielle n° 1037 (DENR) | 1er juillet 1997 | 1 776 « plus ou moins » | 14 145 ha (zone classée) |
| Fiche UNESCO du géoparc de l’île de Bohol | Désignation en 2023, page consultée le 5 octobre 2026 | 1 268 | Non précisée pour les collines (géoparc entier : 880 825 ha) |
D’où vient cet écart ? Aucune des deux sources ne décrit sa méthode. On peut avancer des hypothèses, sans pouvoir les vérifier : un périmètre différent (le décret couvre six communes, la fiche UNESCO ne dit pas quelle zone a été comptée), un seuil différent pour décider qu’une butte est une colline à part entière, ou un recensement plus récent. La mention « plus ou moins » du décret montre d’ailleurs que le chiffre officiel est lui-même une estimation.
En l’absence de recensement publié avec sa méthode, mieux vaut s’en tenir à ce que l’on peut affirmer : le site compte plus d’un millier de collines, et le chiffre change selon la source. Écrire « 1 268 collines » sans dire d’où il vient revient à présenter une estimation comme un fait établi.
Même prudence pour la hauteur. La fiche UNESCO donne une fourchette de 30 à 400 mètres (UNESCO, 2023), alors que le décret de 1997 ne mentionne aucune hauteur. La fourchette est très large et la fiche n’explique pas comment elle a été établie. Elle est reprise ici telle quelle, faute d’une autre source officielle pour la recouper.

Comment ce paysage s’est-il formé ?
Les Chocolate Hills sont un exemple de karst conique, un relief propre aux régions calcaires. Le mécanisme général est bien connu des géologues. Son application précise à Bohol, en revanche, est peu détaillée dans les sources officielles.
Tout commence par une roche d’origine marine. Le calcaire se forme au fond de la mer par accumulation de débris d’organismes à coquille ou à squelette carbonaté. Pour qu’il devienne une colline, il doit d’abord sortir de l’eau : les mouvements tectoniques soulèvent ces dépôts au-dessus du niveau de la mer. Le géoparc présente l’identité géologique de l’île comme le fruit de 150 millions d’années d’histoire (Global Geoparks Network, 2023). Cette durée vaut pour l’ensemble de Bohol, pas pour l’âge des collines elles-mêmes.
Ce soulèvement appartient aussi au présent. Lors du séisme de 2013, la terrasse marine de Maribojoc a été soulevée de 1,5 mètre (UNESCO, 2023). On observe là, en une seule matinée, le type de mouvement qui, répété sur de très longues durées, finit par porter des calcaires marins à l’air libre.
Vient ensuite la dissolution. Légèrement acide, l’eau de pluie dissout lentement le carbonate de calcium. Elle s’infiltre par les fractures, les élargit, creuse des dépressions et des conduits souterrains. Là où la roche résiste mieux, des buttes subsistent ; là où elle cède, des creux se forment. L’érosion de surface achève ensuite de modeler les pentes. L’étude publiée après le séisme de 2013 décrit justement la région comme une zone calcaire riche en dolines, ces dépressions fermées typiques du karst (Lagmay et Eco, NHESS, 2014).
Plusieurs points restent incertains. Les sources primaires consultées ne donnent ni l’âge des calcaires qui forment les collines, ni l’explication de leur régularité presque géométrique, ni la chronologie de leur modelé. Les âges et les scénarios précis qui circulent en ligne ne sont pas repris ici, faute de référence vérifiable.
À côté de la science, il y a la légende. Des récits locaux font intervenir des géants pour expliquer ces buttes alignées. Ils appartiennent au patrimoine oral de Bohol et méritent d’être racontés comme tels, sans être confondus avec une explication du relief.
Un site protégé : monument naturel et géoparc UNESCO
Le 1er juillet 1997 (DENR, 1997), les collines ont été classées sous le nom de « Chocolate Hills Natural Monument ». Le texte interdit toute activité susceptible de les altérer, carrières comprises, même lorsque des droits privés existaient avant le classement. La gestion du site revient au DENR, le ministère philippin de l’Environnement. Sur le papier, c’est une protection forte : elle ne vise pas seulement l’aspect du paysage, mais l’intégrité physique de chaque colline.
Depuis 2023, le site fait aussi partie du Géoparc mondial UNESCO de l’île de Bohol, le premier des Philippines (Global Geoparks Network, 2023). Le géoparc couvre 880 825 hectares (UNESCO, 2023), soit 8 808 km² (Global Geoparks Network, 2023), et compte 1 394 329 habitants (UNESCO, 2023). Il dépasse largement les collines : il inclut aussi la double barrière de corail de Danajon, présentée comme l’une des six connues sur Terre (Global Geoparks Network, 2023).
Il ne faut pas confondre géoparc et patrimoine mondial. Le label reconnaît un territoire dont la géologie est jugée d’intérêt international et qui organise sa conservation avec ses habitants. Pour les Chocolate Hills, la protection juridique reste celle du décret de 1997.
L’affaire du Captain’s Peak montre l’écart entre le texte et le terrain. Construit dans la zone des Chocolate Hills, ce complexe hôtelier avait reçu un ordre de fermeture temporaire en septembre 2023, puis un avis d’infraction en janvier 2024, faute de certificat de conformité environnementale. Il ne figurait pas non plus parmi les établissements accrédités par le ministère du Tourisme (The Philippine Star, 2024). Le classement n’a donc pas empêché la construction ; il a en revanche fourni la base juridique pour la sanctionner.
Pour le visiteur, ces statuts se traduisent par quelques règles simples :
- rester sur les sentiers, escaliers et plateformes aménagés ;
- ne pas gravir les pentes hors des chemins : le piétinement abîme la couverture herbeuse qui retient le sol ;
- ne rien prélever, ni roche ni plante, sur un site où toute altération est interdite ;
- choisir un hébergement accrédité par le ministère du Tourisme, ce qui évite de financer, sans le savoir, une construction illégale.
Le séisme de 2013 : des collines plus fragiles qu’elles n’en ont l’air
Le 15 octobre 2013 à 8 h 12, un séisme de magnitude de moment 7,2 a frappé Bohol (Lagmay et Eco, NHESS, 2014). Selon les données de l’institut sismologique philippin PHIVOLCS reprises par les chercheurs de l’université des Philippines, le foyer se situait à 12 km de profondeur et l’épicentre à 6 km au sud-ouest de Sagbayan (Lagmay et Eco, NHESS, 2014), l’une des six communes des collines. Le séisme a fait 222 morts (Lagmay et Eco, NHESS, 2014).
Il a été provoqué par une faille inverse qui ne figurait sur aucune carte, nommée depuis faille d’Inabanga. Le risque sismique au cœur du site n’était donc pas identifié avant de se manifester.
Sur les collines elles-mêmes, les observations de l’institut de technologie de Karlsruhe font état de glissements de terrain superficiels sur les pentes. Certains étaient des effondrements profonds, emportant roche et terre, et des dégâts ont été signalés dans la zone touristique (CEDIM, 2013). L’étude parue dans la revue NHESS relève aussi, dans cette région calcaire, de nombreux glissements et dolines liés au séisme.
Vues de loin, les Chocolate Hills ont l’air de blocs massifs et immuables. Elles reposent pourtant sur un calcaire que la dissolution a creusé et fracturé, avec des pentes raides couvertes d’herbe et de sol. Un choc suffisamment fort peut en arracher des pans entiers. En pratique, mieux vaut s’en tenir aux aménagements, éviter les pentes après de fortes pluies et suivre les consignes affichées sur place, surtout si des zones sont fermées.

Préparer la visite : saison, point de vue, précautions
Le point de vue de référence est la plateforme d’observation de Carmen, qui offre selon l’office du tourisme une vue dégagée à 360° (Department of Tourism, consulté en 2026). De là, on mesure le mieux ce qui fait la singularité du site : la répétition des cônes jusqu’à l’horizon.
La saison relève d’un vrai choix photographique. En saison sèche, l’herbe brunit et les collines prennent la teinte qui leur a valu leur nom. Le reste de l’année, elles sont vertes, sans doute moins conformes aux photos célèbres mais tout aussi lisibles. Les sources officielles consultées ne donnent pas les mois exacts de la saison sèche à Bohol : il vaut mieux les confirmer auprès de l’office provincial du tourisme plutôt que de se fier à un calendrier générique.
Côté sécurité, le ministère français des Affaires étrangères rappelle que la saison des typhons s’étend de juin à novembre aux Philippines (France Diplomatie, 2026). Sa fiche, mise à jour le 10 septembre 2026, signale aussi une activité volcanique au mont Kanlaon, dans les Visayas, avec une zone de danger de 4 km (France Diplomatie, 2026). Le volcan se trouve sur l’île de Negros et non à Bohol, mais il peut perturber les liaisons régionales. Ces conseils évoluent : relisez-les juste avant le départ.
Tarifs d’entrée, horaires d’ouverture et nombre de marches jusqu’au belvédère sont repris sur de nombreux blogs. Aucune des sources officielles consultées ne les mentionne, ils ne sont donc pas donnés ici. Pour des informations à jour, adressez-vous à la commune de Carmen ou à l’office provincial du tourisme de Bohol.
Avant de partir, quelques vérifications :
- choisir sa période selon la couleur recherchée et le risque de typhon ;
- consulter les conseils aux voyageurs dans les jours qui précèdent le départ ;
- confirmer tarifs et horaires auprès de la commune de Carmen ;
- vérifier que l’hébergement figure parmi les établissements accrédités par le ministère du Tourisme ;
- sur place, rester sur les aménagements et respecter les zones fermées.
Les Chocolate Hills ne se résument pas à une photo de belvédère. C’est un relief karstique protégé par la loi, dont le décompte reste discuté et dont un séisme a montré la fragilité. Pour comparer ce karst conique à d’autres reliefs calcaires et à d’autres territoires reconnus par l’UNESCO, la rubrique Parcs et sites de Beau Paysage les présente selon la même méthode.
Sources
- DENR (ministère philippin de l’Environnement), Proclamation présidentielle n° 1037 — Classement en Chocolate Hills Natural Monument de 1 776 collines « plus ou moins » sur 14 145 ha (Carmen, Batuan, Sagbayan, Bilar, Valencia, Sierra Bullones). Interdit toute activité, carrières comprises, qui altère les collines, même en cas de droits privés antérieurs. Gestion confiée au DENR. (1997-07-01)
- UNESCO, Programme international de géosciences et géoparcs — Géoparc mondial UNESCO désigné en 2023, 880 825 ha, 1 394 329 habitants. Les Chocolate Hills y sont décrites comme « 1,268 conical hills ranging from 30 to 400 meters in height ». Le séisme de 2013 a soulevé la terrasse marine de Maribojoc de 1,5 m. (2023 (désignation) ; page consultée le 2026-10-05)
- Global Geoparks Network — Premier géoparc mondial UNESCO des Philippines, 8 808 km², identité géologique façonnée sur 150 millions d’années. Les Chocolate Hills, en forme de cône, se trouvent au centre du géoparc. Double barrière de corail de Danajon, l’une des six connues sur Terre. (2023 (désignation) ; page consultée le 2026-10-05)
- Natural Hazards and Earth System Sciences (EGU), Lagmay & Eco, université des Philippines — Séisme du 15/10/2013 à 08h12, Mw 7,2, foyer à 12 km, épicentre à 6 km au sud-ouest de Sagbayan (données PHIVOLCS), 222 morts, faille inverse jusque-là non cartographiée (nommée Inabanga Fault). Nombreux glissements de terrain et dolines dans cette région calcaire. (2014-10-22)
- CEDIM, Karlsruhe Institute of Technology (KIT) — Le séisme Mw 7,2 du 15/10/2013 a déclenché des glissements superficiels sur les pentes des Chocolate Hills, et certains sont des effondrements profonds de roche et de terre. Dégâts signalés sur la zone touristique. (2013-11-02)
- The Philippine Star (presse nationale), citant le DENR et le ministère du Tourisme — Le Captain’s Peak Garden and Resort, construit dans la zone des Chocolate Hills, a reçu un ordre de fermeture temporaire en septembre 2023 et un avis d’infraction en janvier 2024 pour absence de certificat de conformité environnementale. Il ne figure pas parmi les établissements accrédités par le ministère du Tourisme. (2024-03-13)
- Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (France) — Saison des typhons de juin à novembre. Activité volcanique sur le mont Kanlaon (Visayas) avec une zone de danger de 4 km. (2026-09-10 (dernière mise à jour))
- Department of Tourism des Philippines, bureau USA — Monument géologique national. L’herbe qui couvre les collines calcaires brunit en saison sèche. La plateforme d’observation de Carmen offre une vue dégagée à 360°. (non datée ; page consultée le 2026-10-05)


