Pont de Mostar : histoire, reconstruction et visite

Par la rédaction ·

Pont de mostar

Le pont de Mostar, le Stari Most (« vieux pont »), est une arche de pierre ottomane qui franchit la Neretva au centre de Mostar, en Bosnie-Herzégovine. Il a été construit en 1566, s’est effondré dans la rivière le 9 novembre 1993, a été reconstruit selon les techniques d’origine et inscrit au patrimoine mondial en 2005 (UNESCO, 2026). On le photographie souvent comme un monument isolé. Il se comprend mieux comme un paysage : deux rives rocheuses, une rivière encaissée et une ville qui s’est formée autour de ce point de passage.

Le pont de Mostar en bref : un vieux pont ottoman au-dessus de la Neretva

Ce sujet s’inscrit dans notre guide de reference : Taj Mahal : billets, horaires et vue nocturne officiels.

Le Stari Most relie les deux rives de la Neretva dans la vieille ville de Mostar. Selon le Centre du patrimoine mondial de l’UNESCO, il a été construit en 1566 par un élève de l’architecte Sinan, sur ordre du sultan Soliman le Magnifique (UNESCO, 2026). Sinan est l’architecte le plus célèbre de l’Empire ottoman. Le pont n’est donc pas un ouvrage secondaire de province : il appartient au grand programme de constructions de l’État ottoman à son apogée.

Un voyageur du XVIIe siècle l’a décrit comme un pont « jeté de rocher en rocher aussi haut que le ciel ». L’UNESCO et Radio Free Europe/Radio Liberty citent tous deux cette image (RFE/RL, 2023). Elle dit l’essentiel. L’ouvrage ne se pose pas sur une plaine : il franchit un vide entre deux masses de roche, avec une seule arche.

C’est pourquoi le pont se lit comme un paysage. La fiche d’inscription de l’UNESCO rappelle que Mostar s’est développée dans la vallée profonde de la Neretva (UNESCO, 2005). Le relief a fixé l’emplacement du passage, et le passage a fixé celui de la ville. Les maisons, les boutiques et les mosquées du quartier se sont installées sur les deux rives, face à la rivière. Quand on regarde le pont depuis la berge, on voit aussi la raison d’être de la ville.

Une précision avant d’aller plus loin : aucune des sources vérifiées pour cet article ne donne la portée ni la hauteur du pont. Les chiffres qui circulent ne sont donc pas repris ici. Ce choix est volontaire : mieux vaut une dimension absente qu’une dimension fausse recopiée d’un site à l’autre.

Quatre siècles d’histoire, puis la destruction du 9 novembre 1993

Aux XVe et XVIe siècles, Mostar se développe comme ville-frontière ottomane. Elle passe ensuite sous administration austro-hongroise, et cette période marque à son tour l’architecture de la ville (UNESCO, 2005). Le quartier du Vieux Pont conserve ces couches successives. C’est d’ailleurs l’un des arguments de son inscription, sur lequel nous reviendrons.

Le pont n’a pas attendu la guerre pour être considéré comme un patrimoine. La documentation de la vieille ville commence en 1977, dans le cadre d’un projet de conservation mené par Stari Grad Mostar, avec Dzihad et Amir Pasic. Ce projet restaure les berges, une tour et le pont ottomans du XVIe siècle, une tour de l’horloge du XVIIe siècle, deux mosquées et une madrasa. Il est récompensé par le prix Aga Khan d’architecture lors du cycle 1984-1986 (Aga Khan Development Network, cycle 1984-1986). Ce travail compte pour la suite : la ville disposait d’une connaissance détaillée de son bâti ancien bien avant 1993.

Pendant la guerre de Bosnie-Herzégovine, le pont est pris pour cible. Il s’effondre dans la Neretva le 9 novembre 1993 à 10 h 16, après des tirs d’obus (RFE/RL, 2023). L’UNESCO présente cette destruction comme une atteinte délibérée à l’identité culturelle de la ville (UNESCO, 2026). Le pont n’avait pas d’importance militaire décisive. Il était visé parce qu’il représentait le lien entre les deux rives et les populations qui y vivaient.

C’est ce qui explique la portée de la reconstruction. Rebâtir le pont ne revenait pas seulement à rétablir un passage entre deux rives. Il s’agissait de réparer un symbole abattu précisément pour ce qu’il signifiait.

Pont de mostar — illustration 1
Illustration originale — Beau Paysage

Comment le pont a été reconstruit à l’identique

Le projet de reconstruction est lancé à l’UNESCO en juillet 1998. Il réunit l’organisation, la Banque mondiale et la ville de Mostar, sous le contrôle d’un comité scientifique international (UNESCO, 2026). Le principe retenu est exigeant : ne pas construire un pont neuf de même silhouette, mais refaire l’ouvrage selon les méthodes du XVIe siècle.

Les dates des travaux varient selon les documents, et il vaut mieux le signaler. Un article de l’UNESCO publié pour le dixième anniversaire indique que la reconstruction commence en 1999 (UNESCO, 2014, mis à jour en 2023). La page du Centre du patrimoine mondial situe le début des fondations en juin 2001 (UNESCO, 2026). Les deux affirmations sont compatibles : la première couvre l’ensemble du chantier, y compris les travaux préparatoires, la seconde désigne la reprise de l’ouvrage lui-même.

Le coût est estimé à environ 15,5 millions de dollars (RFE/RL, 2023). Selon l’UNESCO, le chantier est financé par la Banque mondiale, l’Italie, les Pays-Bas, la Turquie, la Croatie, la Banque de développement du Conseil de l’Europe et la ville de Mostar (UNESCO, 2014, mis à jour en 2023). Le pont est inauguré le 23 juillet 2004.

D’où vient la pierre ? Une confusion à ne pas reprendre

C’est le point le plus souvent déformé. On lit parfois que les blocs d’origine auraient été repêchés dans la Neretva, puis remis en place. La page de Red Bull consacrée à l’étape de Mostar du Cliff Diving World Series l’affirme (Red Bull, 2026). Le récit est séduisant, mais les sources de référence disent autre chose.

L’UNESCO indique que la pierre du nouveau pont provient de la même carrière locale qu’au XVIe siècle (UNESCO, 2026). RFE/RL précise qu’il s’agit d’un calcaire tiré de la même carrière que l’ouvrage ottoman (RFE/RL, 2023). Sur ce point, les sources primaires l’emportent sur une page promotionnelle.

La nuance n’est pas un détail de spécialiste. Le pont actuel n’est pas le pont de 1566 remonté pièce par pièce. C’est une reconstruction fidèle : même matériau d’origine géologique, mêmes techniques, même tracé. Le présenter comme l’original sauvé des eaux revient à effacer ce qui s’est réellement passé en 1993.

Chronologie du pont de Mostar, de 1566 à 2026

Sources : UNESCO, Centre du patrimoine mondial ; UNESCO, 2014 ; RFE/RL, 2023 ; Aga Khan Development Network ; Red Bull, 2026.
Date Événement
1566 Construction du pont par un élève de Sinan, sur ordre de Soliman le Magnifique
1977 Début de la documentation de la vieille ville en vue de sa restauration
Cycle 1984-1986 Prix Aga Khan d’architecture pour la conservation de la vieille ville
9 novembre 1993 Effondrement du pont dans la Neretva, à 10 h 16
Juillet 1998 Lancement du projet de reconstruction à l’UNESCO
1999 Début de la reconstruction selon l’UNESCO (article de 2014)
Juin 2001 Début des fondations
23 juillet 2004 Inauguration du pont reconstruit
Juillet 2005 Inscription au patrimoine mondial
31 juillet – 1er août 2026 Étape du Red Bull Cliff Diving World Series à Mostar, dix ans après sa première venue

Pourquoi l’UNESCO l’a inscrit au patrimoine mondial en 2005

Le bien « Quartier du Vieux Pont de la vieille ville de Mostar » est inscrit en juillet 2005 (UNESCO, 2026). L’UNESCO présente cette inscription comme un hommage à la solidarité humaine au service de la paix : l’élément reconnu n’est pas seulement l’ouvrage de 1566, c’est aussi l’effort international qui l’a relevé.

L’inscription repose sur le seul critère (vi) (UNESCO, 2005). Ce critère s’applique aux biens associés à des événements, des idées ou des croyances de portée universelle. Dit simplement, le pont est inscrit pour ce qu’il représente : un symbole de coexistence entre des communautés de cultures et de religions différentes, et de réconciliation après la guerre. C’est un cas assez rare. Le critère (vi) est rarement retenu seul, et l’UNESCO reconnaît ici un pont reconstruit, pas un ouvrage resté intact.

Le périmètre protégé dépasse largement le pont. Le bien couvre 7,60 ha, entouré d’une zone tampon de 48 ha (UNESCO, 2005). Il comprend le quartier qui l’entoure. La fiche de l’UNESCO souligne que ce quartier réunit des architectures préottomane, ottomane orientale, méditerranéenne et d’Europe occidentale (UNESCO, 2005). Pour le visiteur, la conséquence est simple : l’objet classé est un ensemble urbain posé sur une vallée, pas une carte postale réduite à une arche.

Pont de mostar — illustration 2
Illustration originale — Beau Paysage

Les plongeons du Stari Most : une tradition devenue une étape de coupe du monde

Les sauts depuis le pont font partie de son image autant que sa pierre. Selon Red Bull, organisateur du Cliff Diving World Series, la tradition remonte au XVIIe siècle et servait de rite de passage pour les jeunes hommes de la ville (Red Bull, 2026). Il faut lire cette datation pour ce qu’elle est : l’affirmation d’un organisateur d’événements, que les autres sources consultées pour cet article ne confirment ni ne démentent.

La compétition s’est tenue à Mostar du 31 juillet au 1er août 2026, pour les dix ans de sa présence au pont (Red Bull, 2026). Les plongeurs s’élancent, pour certaines épreuves, depuis des plateformes de 21 m pour les femmes et de 27 m pour les hommes, installées sur une tour construite pour l’occasion (Red Bull, 2026). Ces hauteurs sont celles des plateformes de compétition. Elles ne mesurent pas le pont lui-même et ne doivent pas servir à en déduire sa hauteur.

Pour les spectateurs, l’information utile vient d’ailleurs. Le ministère français des Affaires étrangères signale que les vols de portefeuilles sont fréquents parmi les personnes qui regardent les sauts depuis le Stari Most (France Diplomatie, 2026). La foule serrée sur le pont et sur les rives, les regards tournés vers le plongeur : la situation se prête aux vols. Mieux vaut garder ses papiers et son argent dans une poche fermée, devant soi.

Visiter le pont et ses environs en sécurité

Le décor qui fait la beauté du site impose aussi de la prudence. Les conseils officiels français et suisses décrivent trois risques concrets à connaître avant de partir.

La rivière. Selon France Diplomatie, les berges des rivières de Bosnie-Herzégovine ne sont pas stabilisées, en particulier le long de la Neretva, et les noyades y sont fréquentes (France Diplomatie, mise à jour du 15/09/2026). Descendre sur les rochers pour trouver le meilleur angle photographique est tentant ; ce n’est pas anodin. Restez sur les accès aménagés et ne vous baignez pas au pied du pont en imitant les plongeurs.

Les mines. Le même service indique que plusieurs milliers de mines antipersonnel restent dans le sol du pays (France Diplomatie, 2026). Le Département fédéral suisse des affaires étrangères précise que les mines et les bombes non explosées restent un danger dans les régions éloignées des zones touristiques. Il recommande d’éviter les champs non fauchés, les zones abandonnées et les ruines (DFAE, 30/04/2026). La vieille ville elle-même n’est pas visée par cette mise en garde. Elle devient pertinente dès que l’on quitte Mostar pour explorer les collines ou les rives en amont et en aval : restez sur les routes goudronnées et les chemins fréquentés.

La foule. Les vols signalés pendant les plongeons valent aussi, par prudence, pour les heures d’affluence sur le pont et dans les ruelles voisines.

Ces conseils sont mis à jour régulièrement. Consultez les pages de France Diplomatie et du DFAE juste avant le départ plutôt que de vous fier à un article, celui-ci compris.

Regarder au-delà de l’arche

Puisque l’UNESCO protège tout le quartier du Vieux Pont, la visite gagne à ne pas s’arrêter au milieu de l’arche. Parcourez les deux rives et cherchez ce qui fait l’unité du lieu. Le quartier mêle les héritages ottoman, méditerranéen et d’Europe occidentale décrits par la fiche d’inscription (UNESCO, 2005). Le projet récompensé par le prix Aga Khan avait restauré les berges, les tours, deux mosquées et une madrasa (AKDN, cycle 1984-1986). Observez enfin le pont depuis la berge : la roche, la pente et la rivière expliquent pourquoi il se trouve exactement là. C’est cette lecture du paysage, plus que la photo depuis le parapet, qui donne son sens au Stari Most.

Sources

  1. UNESCO – Centre du patrimoine mondial — Le bien inscrit couvre 7,60 ha avec une zone tampon de 48 ha, au titre du critère (vi). Mostar s’est développée aux XVe et XVIe siècles comme ville-frontière ottomane dans la vallée profonde de la Neretva. (Fiche consultée le 29/09/2026 (inscription 2005))
  2. UNESCO – Centre du patrimoine mondial (même domaine unesco.org) — Pont construit en 1566 par un élève de Sinan sur ordre de Soliman le Magnifique ; effondré dans la Neretva le 9 novembre 1993. Projet lancé à l’UNESCO en juillet 1998 ; fondations commencées en juin 2001. Pierre issue de la même carrière locale qu’au XVIe siècle. Inscription en juillet 2005. (Consultée le 29/09/2026)
  3. UNESCO (même domaine unesco.org) — Reconstruction commencée en 1999 et pont inauguré le 23 juillet 2004. Financeurs : Banque mondiale, Italie, Pays-Bas, Turquie, Croatie, Banque de développement du Conseil de l’Europe et ville de Mostar. (01/08/2014, mise à jour le 20/04/2023)
  4. Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (France Diplomatie) — Les berges des rivières ne sont pas stabilisées, surtout le long de la Neretva, et les noyades sont fréquentes. Plusieurs milliers de mines antipersonnel restent dans le sol. À Mostar, les vols de portefeuilles sont fréquents parmi les spectateurs des sauts depuis le Stari Most. (Mise à jour le 15/09/2026)
  5. Département fédéral des affaires étrangères (DFAE), Suisse — Des mines et des bombes non explosées restent un danger dans les régions éloignées des zones touristiques. Il faut éviter les champs non fauchés, les zones abandonnées et les ruines. (Publié le 30/04/2026)
  6. Radio Free Europe/Radio Liberty (Amos Chapple) — Effondrement le 9 novembre 1993 à 10 h 16. Projet de reconstruction lancé en 1998 et pont rouvert en juillet 2004, pour un coût d’environ 15,5 millions de dollars. Calcaire de la même carrière locale que l’ouvrage ottoman. (09/11/2023)
  7. Aga Khan Development Network – Prix Aga Khan d’architecture — La conservation de la vieille ville de Mostar (Stari Grad Mostar, Dzihad et Amir Pasic) a été récompensée au cycle 1984-1986. La documentation a commencé en 1977 ; ont été restaurés les berges, une tour et le pont ottomans du XVIe siècle, une tour de l’horloge du XVIIe siècle, deux mosquées et une madrasa. (Cycle 1984-1986, page consultée le 29/09/2026)
  8. Red Bull (organisateur du Cliff Diving World Series) — Épreuve de Mostar du 31 juillet au 1er août 2026, pour les dix ans de la compétition au pont. Selon l’organisateur, la tradition des sauts remonte au XVIIe siècle. Plateformes de 21 m et 27 m sur une tour construite pour l’épreuve. À ne pas reprendre : la page affirme que les blocs d’origine ont été repêchés dans la rivière, ce que contredisent l’UNESCO et RFE/RL. (Édition 2026, page consultée le 29/09/2026)

Rédaction Beau Paysage

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